Les deux articles de presse de 2014 :
OUEST FRANCE – Vannes – 06 Février 2014 – Isabelle JOHANCIK.
Une petite leçon de musique avec Manu Katché

Manu Katché s’est plié au jeu des dédicaces sur baguettes et partitions de musique. Il a longuement échangé avec Mickaël Plihon, l’enseignant de la Cham et Alex Tassel, trompettiste, puis a passé une heure à écouter et à distiller de précieux conseils aux jeunes musiciens. |
Soixante jeunes musiciens de la classe à horaires aménagés musique du collège Saint-Exupéry ont évolué devant le célèbre batteur. Il a donné de précieux conseils durant une heure et a joué avec eux.
Reportage
Séance répétition de Summertime de George Gershwin pour les soixante élèves en classe à horaires aménagés musique du collège Saint-Exupéry à Vannes. Ils sont concentrés, sous la baguette de Mickaël Plihon, mais la fébrilité est palpable.
Il est 16 h. Manu Katché va arriver dans dix minutes. « Je sais que c’est un grand batteur et qu’il a fait la Nouvelle Star de M6 », disent trois jeunes saxophonistes. Oui, un célèbre batteur. Aux côtés de Peter Gabriel, Michel Jonasz, Laurent Voulzy, Youssou N’Dour…
Les mamans filment et prennent en photo leurs enfants musiciens qui répètent leur morceau pour le jouer devant la star. Qui… est là.
Tous le dévorent des yeux alors qu’il discute un petit moment avec l’enseignant et Alex Tassel, trompettiste. Puis, plus à l’aise, Manu Katché commence à discuter avec les jeunes musiciens.
« Oui, c’est bien votre interprétation, lâche-t-il après avoir écouté Summertime. Mais l’important pour une grosse formation comme la vôtre est de vous écouter les uns, les autres. Le principe de la musique c’est de s’écouter. » Attentif au style des trois batteurs de la formation, il entame ensuite un rapide cours pratique. Parle de « jouer au fond », « de différences de tempo ».
« Conserver la pulse »
Il prend même les baguettes, entame le morceau avec l’orchestre. Puis, petite surprise musicale, spéciale dédicace : interprète Apache, un morceau de 1669 des Shadows.
« Vous avez entendu. Là, chacun a fait son taff et c’était super-bien ! » De nouveau à la batterie, il accompagne le groupe, au pied levé. Impossible de ne pas être emporté, de battre la mesure du pied aussi.
« Vous voyez, je vous ai poussés ! Le rôle du batteur est de ne rien lâcher. Il faut avoir un métronome tout le temps dans l’oreille ! Conserver la pulse. » Ce n’est pas tombé dans l’oreille de sourds.
Et cerise sur le gâteau, la star pas bégueule, a dédicacé baguettes et partitions de musique à tour de bras. Avant d’aller faire les balances au Théâtre Anne de Bretagne pour son concert du soir. « On le revoit là-bas ! » Ravis, les élèves musiciens ont écouté la star. À son tour de jouer.
LE TELEGRAMME – 6 Février 2014
Musique. « Au collège, pas de préjugé » / Mathieu Pélicart

Si des collégiens musiciens de Saint-Exupéry ont pu accueillir hier le batteur Manu Katché pour une « mini master class », ils le doivent en partie à leur professeur, le trompettiste arrangeur Mickaël Plihon.
Jouer de la musique avec François Morel, Yaël Naïm, Thomas Fersen, Gonzales ou, comme hier, avec le batteur Manu Katché (lire ci-dessous). Vous en rêvez ? Mickaël Plihon le fait, pour ses élèves du collège Saint-Exupéry. Ce professeur agréé en musicologie de 35 ans, qui enseignait jusqu’alors à la faculté de Rennes, a été spécialement recruté il y a quatre ans pour lancer une Classe horaire aménagé musique (Cham) au sein de l’établissement. « J’ai sauté sur l’occasion. J’avais enseigné à tous les niveaux (collège, lycée, fac), et je me suis rendu compte que c’est au collège qu’on peut avoir le plus d’influence sur les élèves. À ces âges, ils n’ont pas de préjugé. On peut aller de Beethoven à Miles Davis, en passant par la chanson française. Ils aiment tout ! ».
« 100 % de réussite »
L’objectif des Cham, créées par l’Éducation nationale, n’est pas de former des musiciens professionnels, mais bien de « développer une bonne pratique amateur, qui leur permette de jouer dans n’importe quelle formation ». Comment ? « En leur offrant des cours de musique pendant quatre ans, de la sixième à la troisième ». Au lieu de l’unique heure hebdomadaire prévue dans les programmes scolaires au collège, les élèves qui choisissent la Cham en suivent cinq. Dont une au Conservatoire à rayonnement départemental (CRD). Ils sont 110 cette année à Saint-Exupéry, regroupés par classe (6e, 5e, 4e et 3e), mais avec des horaires aménagés par rapport à leurs camarades. « C’est un peu plus difficile la première année, comme pour tout musicien qui débute. Mais, au-delà, on assiste à la création d’un groupe qui dépasse les différences d’âge ». Pas une mince affaire au collège. Et les autres résultats scolaires suivent. « Pour le moment, et en attendant la fin de cette quatrième année, nous en sommes à 100 % de réussite. Aucun des élèves n’a redoublé depuis la création de la Cham ».
Travailleur de l’ombre
Parallèlement, Mickaël Plihon poursuit ses collaborations avec des musiciens professionnels. Il a notamment pris la direction de l’Orchestre symphonique de Bretagne, de 2011 à 2013, dans le cadre d’un projet de rock symphonique. Trompettiste de formation, il se définit aujourd’hui avant tout comme « arrangeur », un « travail de l’ombre » qu’il a notamment effectué pour le chanteur Alexis HK, le groupe The Rodeo ou encore l’homme-orchestre Rotor Jambreks. Ce dernier sera l’invité du concert de fin d’année qui sera donné par les élèves de Saint-Exupéry, le 28 mai, au Palais des Arts, avec l’autre Cham de Vannes (collège Jules-Simon) et les professeurs du conservatoire. « Ce sera un vrai concert, avec jusqu’à 80 musiciens sur scène pour six morceaux en arrangement symphonique ».
Du classique vendredi
Le professeur fait profiter ses élèves de son réseau, mais apprécie surtout de pouvoir s’appuyer sur celui de Vannes. « Grâce aux programmations du Théâtre Anne-de-Bretagne, de L’Échonova et maintenant du Piano Barge, on peut solliciter n’importe quel artiste, dans tous les styles musicaux ». Après Manu Katché, hier, les élèves de la Cham de Saint-Exupéry auront la chance de se faire diriger, vendredi, sur la scène du palais des arts, par Jean-Christophe Spinosi, le maestro de l’Ensemble Matheus, pour une interprétation du triple concerto de Beethoven.
Manu Katché professeur d’un jour
En ce mercredi après-midi sans cours au collège Saint-Exupéry, Mickaël Plihon avait donné rendez-vous à 15 h 30, « bien habillés », à une soixantaine d’élèves de quatrième et de troisième. « Vous êtes tous très beaux », leur a-t-il d’abord lancé une fois tous installés, en rangs serrés, avec leurs instruments respectifs, partageant les pupitres dans une salle devenue trop petite pour l’événement. « Le piano est enfin accordé. On va s’éclater, comme d’habitude, et profiter de jouer avec des stars ». La première, ils la connaissent déjà : c’est Alex Tassel, l’un des deux parrains de la Cham de Saint-Exupéry, avec le pianiste Laurent de Wilde. Le trompettiste sort son bugle et se chauffe avec le groupe sur les deux morceaux du jour : Summertime, de Gershwin, dans ses trois versions (symphonique, Miles Davis et big band), et Apache, des Shadows.
« C’est la batterie la patronne »
C’est lui qui a favorisé la venue de Manu Katché, qui se produit le soir même au Théâtre Anne-de-Bretagne, dans le cadre des Hivernales du jazz, et avec lequel il collabore régulièrement. Le génial batteur, qui a notamment joué avec Peter Gabriel, Sting ou Youssou N’Dour, et fut accessoirement juré de La Nouvelle Star et animateur d’émissions musicales sur Arte et France Inter, passe la porte de la classe, avec à peine cinq minutes de retard. Intimidé, l’homme n’est pas un habitué de l’exercice. Mais il ne tarde pas à donner quelques conseils avisés. « Dans un grand ensemble comme aujourd’hui, c’est la batterie la patronne, c’est elle qui tient le rythme, donc c’est elle qu’il faut suivre ». Léa, Maëla et Harizo, les trois batteurs du groupe, « forcément un peu stressés », peuvent souffler. « Sortez de vos partitions, écoutez-vous et jouez ensemble », poursuit-il, avant de s’installer enfin à la batterie. Pour le plus grand bonheur des parents d’élèves, qui immortalisent la scène.
